Prendre soin de soi est-il superficiel ?
Et si prendre soin de soi n'était pas un acte de vanité ?
Ces derniers temps, une question revient souvent dans mon esprit.
En consultation, j'entends parfois des femmes me dire avec beaucoup de simplicité :
« Les rides ? Je m'en moque. » « Je suis fatiguée, mais c'est comme ça. » « Je n'ai pas le temps de prendre soin de moi. »
Ces phrases m'ont d'abord surprise.
Non pas parce que je pense que tout le monde devrait poursuivre une apparence parfaite ou lutter contre le vieillissement à tout prix. Ce n'est pas ma vision.
Personnellement, j'ai envie de préserver mon énergie le plus longtemps possible. J'ai envie de continuer à marcher, voyager, faire du sport, bouger librement, découvrir le monde et sentir mon corps capable de me suivre. J'ai envie que mon visage et mon image reflètent cette vitalité intérieure. Pas pour paraître plus jeune que mon âge, mais pour continuer à vivre pleinement chaque étape de ma vie.
Alors je me suis posé une question.
Est-ce vraiment de l'indifférence ?
Au fil des échanges, je ne crois pas que ces femmes soient réellement indifférentes à leur bien-être, à leur apparence, à leur énergie.
Je pense plutôt qu'elles ont appris, souvent depuis des décennies, à faire passer les autres avant elles.
Le travail.
Les enfants.
Le conjoint.
Les parents âgés.
Les responsabilités.
À force de tirer sur la corde, la fatigue devient normale. Le manque d'énergie devient un état habituel. Les douleurs, la récupération plus lente ou les changements du corps sont perçus comme une fatalité.
On ne s'autorise même plus à imaginer qu'il pourrait en être autrement.
Un héritage culturel encore bien présent
Je me demande également si nous ne portons pas un héritage culturel qui influence encore notre rapport au corps.
Pendant longtemps, dans notre société, le dévouement a été davantage valorisé que le soin de soi, en particulier chez les femmes.
S'occuper des autres était une qualité.
S'occuper de soi pouvait être perçu comme de l'égoïsme, de la vanité ou de la superficialité.
Bien sûr, les mentalités évoluent et chaque femme a sa propre histoire. Mais je rencontre encore cette idée implicite : une femme sérieuse, compétente ou intellectuelle ne devrait pas trop accorder d'importance à son apparence.
Comme si aller chez le coiffeur, prendre soin de sa peau, faire de l'exercice, chercher à préserver sa vitalité ou apprécier de se sentir belle risquait de diminuer sa crédibilité.
Cette opposition me semble profondément injuste.
Pourquoi faudrait-il choisir ?
Pourquoi faudrait-il choisir entre être intelligente et prendre soin de soi ?
Entre être engagée et préserver son énergie ?
Entre être profonde et apprécier son image dans le miroir ?
Je ne crois pas que ces dimensions s'opposent.
Au contraire.
Prendre soin de son corps ne retire rien à son intelligence.
Prendre soin de sa peau ne retire rien à sa profondeur.
Préserver son énergie ne retire rien à son engagement.
Notre corps n'est pas un accessoire. C'est le véhicule de toute notre vie.
C'est grâce à lui que nous marchons, aimons, travaillons, voyageons, jouons avec nos petits-enfants, faisons du sport, découvrons le monde et profitons de ceux que nous aimons.
Vieillir n'est pas renoncer
Vieillir est inévitable.
Mais renoncer à entretenir son corps ne l'est pas.
Prendre soin de soi ne signifie pas vouloir arrêter le temps.
Cela signifie préserver son énergie, sa mobilité, sa récupération, sa santé et son autonomie le plus longtemps possible.
C'est aussi reconnaître que notre qualité de vie dans dix ou vingt ans dépend, en partie, des choix que nous faisons aujourd'hui.
Bien sûr, nous ne maîtrisons pas tout. La génétique, les maladies ou les accidents font partie de la vie.
Mais nous avons souvent plus de pouvoir que nous ne le croyons sur notre vitalité quotidienne.
Et si le soin de soi était un acte de responsabilité ?
Je crois qu'il est temps de réhabiliter le soin de soi.
Non pas comme une injonction à rester jeune.
Non pas comme une quête de perfection.
Mais comme une manière d'honorer le seul corps que nous habiterons toute notre existence.
Le sacrifice n'est pas une preuve de valeur.
L'épuisement n'est pas une médaille.
Et prendre soin de soi n'est pas un acte de vanité.
C'est, à mes yeux, une forme de responsabilité envers soi-même.
Alors je vous laisse avec cette question :
Pourquoi est-il si naturel d'entretenir sa maison, sa voiture, ses compétences professionnelles ou sa carrière… et parfois si difficile de considérer son propre corps comme le bien le plus précieux que nous possédons ?
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